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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 23:09

A l'occasion de l'exposition qui lui était consacrée à Versailles, André Juillard à accepté de répondre à quelques questions pour le site MarqueJaune.com, bien entendu très orientées Blake et Mortimer. Retour sur les aventures passés et sur celles à venir…

Pouvez-vous nous parler du prochain album ? Yves Sente nous a dit que cela se passerait en Angleterre, une aventure policière.
Je ne travaille pas actuellement sur Blake et Mortimer. Ce ne sera d’ailleurs pas avant un an, mais Yves a en effet une idée du scénario dans ce sens.

Est-ce qu’il y a un personnage qui vous pose encore problème à dessiner ?
Oh, ca va maintenant. J’ai l’impression de les maîtriser à peu près (rires). D’une scène à l’autre, je peux toujours me retrouver face à un problème, cela m’arrive souvent d’ailleurs, y compris avec d’autres personnages que Blake et Mortimer.

Avez-vous une préférence pour un des personnages ?
En fait, ma préférence va aux deux ensemble. Dans le dernier album, j’étais assez frustré par la quasi-absence de Blake.

Il va donc falloir rééquilibrer tout ceci dans le prochain.
Oui, Yves me l’a promis !

Votre manière de travailler est-elle différente sur Blake et Mortimer que sur vos autres histoires ?
Il y a une approche différente dans la mesure où il y a une charte et des codes auxquels je dois me reporter constamment. Et puis, il faut aussi retourner un petit peu à la source lorsque l’on aborde des lieux ou des personnages qui ont déjà été utilisés, comme par exemple l’appartement de Park Lane.

Jacobs a réalisé 10 albums de Blake et Mortimer. Vous en êtes déjà à 4 albums. Avez-vous déjà pensé au moment où vous égalerez ou dépasserez Jacobs ?
Oh, cela m’étonnerait que j’y arrive.

Parfois, cela va plus vite qu’on ne le pense…
Non, parce que je ne vais pas en faire un tous les ans. Cela mettrait beaucoup d’années avant d’arriver au même nombre et je ne suis plus tout jeune. Si jamais je continue, pour arriver à 10, j’aurais dans les 80 ans environ et je ne sais pas si je serais encore en état…

Il y a des dessinateurs qui continuent encore à 80 ans.
Oui, oui, j’espère aussi. L’envie de dessiner sera toujours là , j'en suis certain, reste que je ne sais pas si mes mains et mon cerveau seront d'accord !

Vous réalisez de magnifiques crayonnés et esquisses pour Blake et Mortimer qui sont souvent mis en couleur. De même, Léna est encrée en couleurs par vos soins. Pourtant, la colorisation des albums est effectuée par quelqu’un d’autre. Pourquoi ne pas effectuer cela vous-même ?
Au départ c’était un problème de temps. Il y avait une certaine urgence car il fallait compenser le rythme un peu lent de Ted Benoit. Donc comme j’avais besoin de plusieurs mois supplémentaires pour mettre en couleurs un album entier, l’éditeur a préféré faire appel à d’autres personnes. Le premier album a ainsi été mis en couleurs par Didier Convard, sur ordinateur.

Pour les suivants, il était très occupé, c’est donc Madeleine de Mille qui s’en est occupé puisqu’elle connaissait bien l’univers de Blake e t Mortimer, de par son travail avec Ted Benoit.

Et si on vous laissait le temps, aimeriez-vous en coloriser un ?
Oui, cela ne me déplairait pas. A condition que je puisse le faire d’une façon traditionnelle, c’est-à-dire sur des bleus, pas sur ordinateur. Jacobs était un grand coloriste aussi bien pour ses propres œuvres que pour son travail avec Hergé. Il a une gamme de couleurs qui lui est particulière et que je trouve très intéressante et personnelle. Après, il y a évidemment un problème de timing car cela demande beaucoup plus de temps et je n’ai pas envie de faire uniquement du Blake et Mortimer, afin de pouvoir me consacrer à d’autres projets.

Vous dites dans le livre « Dans les coulisses de Blake & Mortimer », que vous mettez environ 3 à 4 jours par planche. Quelle a été la la plus longue à réaliser ?
Alors là, à brûle-pourpoint, je ne peux pas vous dire… Il faudrait que je me replonge dans les albums mais les scènes de rues à Londres sont assez longues à réaliser car elles nécessitent une documentation considérable (perspectives, architecture, magasins, voitures, bus, etc.).

Et la plus courte ?
C’est un peu pareil. Je n’ai pas le souvenir d’avoir passé énormément de temps sur une planche ou bien d’avoir été très vite sur une particulière. Une scène dans la savane avec un horizon lointain et quelques animaux est beaucoup plus rapide à mettre en place.

Est-ce qu’il y a un lieu, un décor, ou un personnage, que vous aimeriez dessiner ?
Le lieu que je préfère c’est l’Angleterre des années 50. Je ne suis pas très amateur d'exotisme .

Pas facile avec le Gondwana !
Ça allait encore car c’était de la nature et j’aime bien dessiner les animaux. Mais a priori, je préfère les pays d’Europe des années 50, d’autant que j’ai pas mal de documentation dessus. 



Le prochain devrait donc vous satisfaire.
Tout à fait !

Dans le Gondwana, à la page 15, on voit Mortimer (alias Olrik) prendre le bus en repartant de chez Sarah Summertown et croiser une jeune fille. Celle-ci prend le chemin qui mène à la maison de Sarah, qui a une fille de son âge. La jeune fille a également la même couleur de cheveux que Mortimer. Est-ce que Yves Sente avait donné des consignes particulières pour dessiner cette planche ? Si vous voyez ce que je veux dire…
Oui, tout à fait. C’est une idée d’Yves. Je l'ai trouvée excitante.

Il y avait donc quelques recommandations sur cette planche.
Il fallait qu’il y ait une vague idée... quelque chose qui puisse éventuellement… Voilà. On a fait ça d’une façon très discrète mais je vois que les lecteurs n’ont pas les yeux dans leurs poches.

Mais dans l’esprit d’Yves, il n’est pas question de revenir à ce personnage dans un prochain album. C’est une sorte de « private joke » entre nous, et maintenant entre nous et les lecteurs.

Si vous pouviez réaliser un album de B&M avec une approche graphique totalement différente, que feriez-vous ?
A vrai dire, cela ne m’intéresse pas vraiment. On m’avait proposé à l’époque de faire le tome 2 des Trois Formules du Professeur Sato, et j’avais décliné cette offre mirobolante car pour moi Blake et Mortimer c’est mon enfance, avec les années 50, la Marque Jaune, le Mystère de la Grande Pyramide… Même SOS Météores. C’est une ambiance très particulière que je ne retrouvais pas du tout dans les derniers albums de Jacobs. En plus, le scénario ne m’emballait pas vraiment.

Ce qui m’a beaucoup plu dans la reprise de Blake et Mortimer, c’est qu’il y avait un cahier des charges tout à fait à mon goût : le côté années 50, la référence graphique sur la Marque Jaune… Faire différent…j’aurais l’impression de trahir l’enfant-lecteur que j’étais.

Comme je peux travailler sur d'autres histoires dans mon style propre, c’est plutôt une récréation que de pouvoir faire du Blake et Mortimer « à la manière » de Jacobs.

Vous êtes le seul à avoir dessiné Blake et Mortimer adolescents, adultes et vieux. Avez-vous des idées inexploitées de ce genre ?
C’est particulier car on ne m’a pas confié l’écriture des scénarios.

Comment se sont passées les recherches afin de les rajeunir ou les vieillir ?
J’ai repris les personnages, puis j’ai essayé d’un peu lisser leurs visages, leurs physiques, les rendre plus minces. C’était relativement simple.

C’était plus simple de les rajeunir ou de les vieillir ?
Je préfère les vieillir. C’est plus facile car je sais mieux donner du caractère à un visage âgé qu’à un visage d’adolescent. Je suis toujours plus gêné pour faire les enfants, les personnages jeunes. D’un faux trait, ils prennent 10 ans, ce n’est pas simple.

Ce qui intéressant dans cette série, c’est que ce sont des personnages mûrs, ce qui est plutôt rare dans la bande dessinée où ce sont souvent des jeunes gens qui sont les héros.

Vous dessinez les personnages en situation d’après des modèles ?
Je fais rarement appel à des modèles, sauf parfois pour un geste un peu inhabituel. Par exemple, un type qui creuse un trou avec une pelle, j’aurai peut-être un peu de mal à le trouver tout de suite, donc dans ce cas, pourquoi pas.

Mais j’ai une encyclopédie de photos très ancienne et dans laquelle un photographe américain (Edward Muybridge) s’est amusé à prendre un geste et le décomposer en toutes ses séquences. Il a fait cela également avec les animaux et notamment les chevaux. Je m’en suis d’ailleurs servi pour Les 7 Vies de l’Epervier. Mais en général, je n’ai pas besoin de ça. J’ai assez de « bouteille » pour me débrouiller.

Avez-vous déjà essayé la méthode Jacobs, se dessiner avec une glace ?
Il m’arrive parfois de me photographier ou de faire un croquis rapide devant la glace de la salle de bain, si je n’ai personne sous la main à ce moment là.

Il y a de nombreux clins d’œil dans les albums. Qui a eu les idées ?
En général cela vient plutôt de moi. Pour l’hommage à Hergé avec le restaurant Syldave, j’aurais aimé avoir un peu plus de place pour developper mais le scenario avant tout ! il faut bien intégrer le clin d'œil a l'histoire sinon ça n'a pas de sens mais si c'est possible cela fait toujours plaisir aux lecteurs.
L’hommage à Jacques Brel dans les Sarcophages vient de Yves Sente. Par contre, je ne suis pas certain que le tram 33 passe exactement à l’endroit du décor que j’ai dessiné.

Quels sont vos prochains projets, hormis Blake et Mortimer ?
Je suis sur un scénario de Yann qui se passe en Israël en 1948, sur fond de guerre. Cela se passera sur une base, avec des aviateurs mercenaires. L’histoire devrait paraître début 2011, puis ensuite, je me replongerai avec délice dans Blake et Mortimer.

Est-ce que Bob de Moor a servi de modèle pour créer le professeur Jongen dans la Machination Voronov ?
Non, je ne me suis jamais inspiré de Bob de Moor qui aurait très bien pu faire un excellent bon personnage. J'aimais beaucoup Bob qui était un homme délicieux. Mais au fait, je ne sais plus qui est le professeur Jongen !

On sent dans certains de vos dessins (notamment les nues) comme un "lien" avec ce que faisait Paul Cuvelier. Que pensez-vous de ce dessinateur ?
Enfant, j'aimais beaucoup Corentin et Line que je trouvais troublante. C'était un grand dessinateur classique, peut-être trop. Il me rappelait l'art gréco-romain que j'appréciais tant à l'époque mais je ne me suis jamais dit je serai Cuvelier ou rien. Du reste, enfant, je ne rêvais pas de devenir Hergé ou Jacobs mais Delacroix ou Rembrandt.

Plus tard, quand j'ai voulu faire de la BD mon métier, j'avais oublié Cuvelier jusqu'à ce que Mézières dise à Giraud qui examinait mes dessin : " ça ne te fais pas penser à Cuvelier ? " ce à quoi Giraud répondit " Peut-être, mais il ne faut pas s'en inspirer. C'est un superbe dessinateur mais pas un dessinateur de BD ". Ce qui explique sans doute le peu de succès des Corentin, Line et autre Flamme d'argent. Il y a un truc qui doit se passer entre le dessin, la mise en page, le récit, etc., un "truc" mystérieux que je ne saurais pas nommer qui fait que le plus beau dessin du monde ne fonctionne pas alors qu'un dessin plus modeste marche du feu de Dieu.


Interview réalisée le 12 février 2010 par Ludovic Gombert.

 

 

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Published by l'Epervier - dans Les interviews
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