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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 00:57
Il y à tout juste un ans, le samedi 9 août 2008, André Juillard donné un entretien à Daniel Couvreur journaliste "Le Soir" à propos de l'Atomium et de ces vague souvenir de l'expo 58:

(D.C) Vous avez beaucoup dessiné l’Expo 58 dans le premier tome des « Sarcophages du 6e continent » de Blake et Mortimer. Vous l’aviez visitée à l’âge de dix ans. Un souvenir mémorable ?

(A.J) Il faut croire que l’Exposition Universelle de Bruxelles avait un certain retentissement en France, puisque j’y suis allé avec mon école, en autocar. C’est la première fois que j’allais en Belgique et j’avoue que je suis revenu sans aucun souvenir de l’Atomium ! En fait, j’ai été marqué par le pavillon des Pays-Bas où la formation des vagues et les marées étaient reconstituées dans un bassin. Mon autre grand souvenir, c’est la tranche napolitaine : une plaquette de glace avec trois bandes. Vanille, chocolat et praliné, si j’ai bonne mémoire…

Vous n’avez pas revu l’Atomium depuis 1958 ?

Non ! Avec le scénariste Yves Sente, nous sommes montés sur le toit de l’immeuble Tintin, à la gare du Midi, pour l’observer de loin avant l’aventure de Blake et Mortimer. J’ai surtout travaillé sur documentation. Yves Sente avait mis à ma disposition des archives exceptionnelles provenant de la famille du commissaire de l’Expo 58, le baron Moens de Fernig. C’est à travers les plans et les photos que j’ai redécouvert l’Atomium.

Avec le recul, que retenir de l’Expo 58 ?

Je regrette d’abord qu’on n’ait pas sauvegardé plus de choses. Beaucoup de pays avaient confié la réalisation de leur pavillon à des architectes de renom. C’était une sorte de conservatoire de l’architecture moderne. Il y avait des monuments frappants comme la tour Eternit, le pavillon Philips… Le pavillon français était bien mieux que celui des Soviétiques, un peu désuet dans sa monumentalité socialiste. La présence coloniale dans l’Expo m’a aussi beaucoup intéressé. Il y avait toute une série de pavillons dédiés au Congo belge avec des motifs de décoration zébrés. Apparemment, le colonialisme ne choquait personne. Il était montré sous un jour assez triomphant.

Vous avez pris du plaisir à dessiner tous ces décors modernistes a priori éloignés de l’univers très british de Blake et Mortimer ?

Le scénario très précis d’Yves Sente passait par des trajets imposés. L’action se déroulait la plupart du temps entre les pavillons soviétique, américain ou anglais. Moi, je ne me souvenais absolument pas comment tout cela était disposé sur le site de l’Expo et puis au milieu de tout ça, il y avait l’Atomium bien entendu. A l’arrivée, je ne sais pas si ceux qui ont vu l’Expo s’y retrouvent dans l’album, mais j’ai essayé de faire en sorte que cela colle au plus près de la réalité. Je pense que Blake et Mortimer se sont bien coulés dans cet univers. Il n’y avait pas de raison qu’ils détonnent. Au niveau vestimentaire, ils étaient parfaitement dans le ton de l’époque, si j’en juge par les photos des visiteurs de l’Expo. Je me suis demandé si Jacobs, le créateur des personnages, avait vu l’explosion d’architecture contemporaine de l’Expo 58. Les vaisseaux des Atlantes de son Enigme de l’Atlantide sont assez modernes, proches de l’esprit « Atomium ».

© Blake et Mortimer / Sente/Juillard 2003

L’Expo 58 étalait la confiance dans la science et le triomphe du progrès. L’optimisme de cette époque vous fascine ?


Pour moi, c’est magique. A l’époque, on ne connaissait pas l’angoisse actuelle de l’avenir. J’ai l’impression qu’il y avait, dans les années 50, une sorte de foi dans la technique, la science et le progrès. L’Expo 58 était une manifestation à la gloire de la recherche scientifique. Au pavillon américain, on pouvait voir les premiers ordinateurs, les Russes exposaient leur Spoutnik.


En coulisses, la guerre froide n’était pourtant jamais loin. Vous en aviez conscience ?


J’étais un peu petit pour comprendre les tenants et aboutissants de la politique internationale. Mais je me souviens que le mot « communiste », dans la bouche de certains, sonnait comme une insanité ! Dans ma famille, il y avait non pas des militants mais des sympathisants communistes. Cela provoquait de chaudes discussions au cours desquelles on sentait remonter les contentieux hérités de la Seconde Guerre mondiale.


Dans la bande dessinée, quel fut l’auteur le plus représentatif de l’esprit 58 ? Franquin car il dessinait son époque. L’esthétique des années 50 était très présente dans ses décors. En lisant ses albums, on avait l’impression qu’il vivait dans cet univers. Moi je n’ai pas de souvenir direct de la modernité. Je vivais dans un Paris très traditionnel, haussmannien, entre le Louvre et les quais de la Seine. Je pouvais voir des pubs mettant en scène des couples modernes avec un frigidaire, mais il n’y en avait pas chez moi !


Avec le dessin de cette sérigraphie Atomium, qu’est-ce que vous avez eu envie de montrer ?


Je n’avais pas envie de dessiner l’Atomium frontalement. J’avais besoin de personnages. Je ne suis même pas certain que le point de vue que je donne de l’Atomium existe, mais ce n’est pas grave. C’est une licence poétique. J’ai situé l’Atomium dans mon enfance. Est-ce que je me suis mis en situation moi-même avec ma maman ? Peut-être. Pourtant, ma mère était morte depuis pas mal d’années à ce moment-là. Je voulais aussi qu’il y ait un côté belge, mais plutôt dans les couleurs jaune, rouge, noir.


© Rossel & Cie.
S.A. - lesoir.be - Bruxelles

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Published by l'Epervier - dans Les interviews
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